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Journée mondiale des enseignant(e)s : 5 octobre 2017 : MESSAGE DU SNAES

Cette année 2017, la Journée Mondiale des Enseignant(e)s est placée sous le signe de la liberté et de l’autonomie des professionnels de la craie. Ces deux concepts constituent indiscutablement la dyade  du thème de circonstance « Enseigner en liberté, autonomiser les enseignants » choisi par l’IE, l’OIT, l’UNESCO, l’UNICEF et le PNUD.

En 1960, Georges Vedel définissait la liberté universitaire comme « celle d’un  homme libre à qui sont confiés d’autres hommes libres ». L’enseignant de façon générale a ainsi pour mission essentielle d’être devant ses élèves/étudiant(e)s un modèle de liberté de pensée, de recherche, d’expression – on n’enseigne que ce que l’on est – pour les guider sur les chemins de la liberté, des libertés. Pour cela, il doit être libre vis-à-vis de tous les pouvoirs : politique, religieux, économique, sociaux… Il n’est pas pour cela au-dessus des lois, mais il peut définir un domaine réservé, l’école, qu’il doit préserver de toutes les immixtions, dans lequel il est, doit être à l’abri de toutes formes de pression, parce qu’il peut y affirmer : « Nous sommes ici experts ; nous pouvons vous (à la loi, à l’Etat) dire ce qui est en vigueur, ce qui marche, dans ce secteur de l’activité sociale ».  Quelles sont les approches pédagogiques qui fonctionnent ? Quel est la meilleure progression dans les contenus en fonction des apprenants que l’on a en face de soi ? Etc. L’enseignant(e) le sait, devrait le savoir mieux que quiconque.

Cette liberté de l’enseignant, inséparable de celle de l’école, est centrale en cette année où notre école est plus que jamais otage des politiques qui l’associent à leurs ambitions même les plus illégitimes, ou la gouvernent avec des cadres politiquement estampillés, habillent ses élèves/étudiant(e)s aux couleurs partisanes pour les mêler aux célébrations de chapelles politiques. Cette liberté est une garantie de qualité de l’éducation et finalement de qualité de vie à une époque où le marché s’est emparé des lieux d’exercice de la profession, a fait main basse sur la conception, la production et la distribution de l’outil clef de l’éducation, le manuel scolaire, et ambitionne de prendre en main la configuration même des savoirs et savoir-faire dignes de figurer dans les curricula  scolaires et universitaires, de façonner le monde à son image. Ce n’est donc plus seulement la liberté de l’enseignant qui est en jeu aujourd’hui, c’est la liberté même de l’apprenant, donc de la société de demain qui est en danger. C’est pourquoi il est impératif hic et nunc d’autonomiser les enseignants.

Autonomiser les enseignants, fondamentalement, c’est leur donner les moyens d’échapper à ces carcans qui en font souvent des esclaves malgré eux. Libérés des besoins élémentaires, ils aspireront plus volontiers à des valeurs plus élevées, éthiques, intellectuelles, philosophiques. Libérés intellectuellement, scientifiquement et pédagogiquement par le biais d’une formation initiale et continue de qualité, ils seront plus à même d’affronter les pièges de tous les dogmatismes et de tous les extrémismes. C’est dire à quel point tous ceux qui organisent et entretiennent le déclin d’un corps enseignant d’élite, d’excellence, libre, travaillent contre le progrès social, contre la capacité de la société à affronter les défis d’un monde où la menace à la liberté, à la survie même de tous peut survenir de partout et à tout moment.

Les forces armées sont formées pour lutter contre le grand banditisme, le terrorisme, et toutes les formes de déstabilisation des sociétés. Seul(e)s les enseignant(e)s  peuvent prévenir ces fléaux redoutables de façon durable, s’ils sont autonomes et enseignent librement.

 

Roger KAFFO FOKOU

Secrétaire Général du SNAES

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