Résolution sur la rentrée scolaire 2017/2018 au Cameroun

Réuni en session ordinaire le 29 Août 2017 à Yaoundé, le Conseil National du SNAES réitère sa position déjà exprimée par son Secrétariat Général lors du congrès du Syndicat National Indépendant des Enseignants de Base (SNIEB) tenu à Bafoussam du 08 au 09 Août 2017, position appelant à la reprise de l’école sur toute l’étendue du territoire camerounais et en particulier dans les régions du Nord – Ouest et du Sud – Ouest, et demandant que l’Etat engage le dialogue sur les questions non techniques de la crise en cours.résolution sur la rentrée scolaire 17 18 a

Par ailleurs, le Conseil National félicite et encourage tous les enseignants de quelques niveaux que ce soit qui, malgré les tensions socio – politiques et sécuritaires dans certaines régions du pays, ont continué à exercer avec dévouement et patriotisme leur devoir de chevaliers  de la craie, et demande aux autres enseignants de suivre ce bel exemple d’engagement et d’esprit de sacrifice, Le Conseil National demande à l’Etat de veiller à ce que cette contribution des enseignants reçoive la même considération que celle réservée aux contributions de tous les corps qui se battent aux différents fronts, chacun avec les armes de sa profession.

 

Fait à Yaoundé le 29 Août 2017

 

OBSERVATION Des examens et concours officiels 2017 (Rapport synthétique)

OBSERVATION

OBSERVATION Des examens et concours officiels 2017 (Rapport synthétique)

 

Par
Roger KAFFO FOKOU
Secrétaire Général du SNAES

 

Le SNAES aujourd’hui, présentation et ambitions

Créé en 1991, le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES)entre véritablement en action en 1993 à l’occasion des tensions dues à la baisse drastique des salaires de la Fonction publique camerounaise suivie de la dévaluation du franc CFA de janvier 1994. Il lance alors un mouvement de grève qui reste à ce jour le plus grand soulèvement des professionnels de l’éducation de l’après indépendance au Cameroun. Une longue lutte s’engage, d’une part avec les pouvoirs publics pour l’avènement d’une école nouvelle susceptible de prendre en compte la nécessité de mettre l’enseignant au centre d’un processus de réforme en profondeur de l’éducation pour une transformation qualitative du Cameroun (revalorisation des conditions de vie et de travail, implication dans les processus décisionnels et d’évaluation, reconnaissance des syndicats et du droit à la négociation etc.), d’autre part avec les pesanteurs socioculturelles pour une implantation du mouvement pour une syndicalisation des personnels enseignants. Dans un climat d’une hostilité exceptionnelle malgré les lois sur les libertés publiées le 19 décembre 1990, le SNAES va résister et s’adapter pour poursuivre la lutte.
Au Congrès de 2007, le SNAES adopte officiellement « le syndicalisme de développement ». Par cette démarche, il décide d’enraciner plus que jamais son action dans le contexte de notre pays qui est un contexte de sous-développement dans lequel il faut travailler à la fois pour une production accrue, une utilisation optimale des ressources et une redistribution plus efficace. Ce faisant, le SNAES pense redonner une véritable perspective à l’action syndicale. Une perspective qui associe, dans une vision équilibrée, la production à la consommation, et fait du développement le moteur de toute action qui vise l’amélioration desconditions de vie et de travail. La revendication syndicale se trouve par là pleinement justifiée dans la mesure où elle s’oppose radicalement à tout compromis qui viserait à pérenniser les conditions de la contre-performance, donc du sous-développement.
« Le syndicalisme de développement » postule que le travail n’a de sens que lorsqu’il est un moyen efficace de développement humain. Et pour cela, il doit être effectué dans des conditions minimales d’efficacité. Le rôle des syndicats devrait de ce fait consister à organiser les travailleurs pour défendre un travail de qualité, objectif qui ne peut être atteint que lorsque des conditions de vie et de travail convenables sont aménagées au bénéfice du travailleur.
Le SNAES se veut donc aujourd’hui un instrument du développement du travailleur (développement de ses potentialités, de son imagination, de son engagement, de son sens de responsabilité) à travers une sensibilisation, une information et une formation adossées sur une vision porteuse d’avenir, à travers une revendication des droits de ce dernier à des conditions convenables d’un travail efficace. Il se veut également aujourd’hui, plus que jamais, un instrument de transformation ociale à travers sa contribution à la mise en place d’une éducation de qualité. En tant que partenaire camerounais d’Aflatoun International, il se bat pour introduire dans l’éducation des jeunes Camerounais, de la Base au Secondaire, une éducation sociale, financière et entrepreneuriale susceptible de les aider à se bâtir des compétences grâce auxquelles ils deviendront demain des agents du changement positif de la société nationale et internationale.
Ce faisant, le SNAES entend mettre le syndicalisme plus que jamais au service du développement.

Liste des sigles et abréviations

  • GCE Board General certificate of education board
  • OBC Office du Baccalauréat du Cameroun
  • DECC Direction des Examens et des Concours et de la Certification
  • SNAES Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire
  • ESG Enseignement Secondaire Général

SOMMAIRE

I. FICHE TECHNIQUE
II. L’OBSERVATION PROPREMENT DITE
II.1.DES OBSERVATIONS TRANSVERSALES A TOUS LES EXAMENS
II.2.DES EXAMENS DE LA DECC
II.3.DES EXAMENS DE L’OBC
II.4.DES EXAMENS DU GCE BOARD
III. SUGGESTIONS ET RECOMMANDATIONS

I. FICHE TECHNIQUE DE L’OBSERVATION

Période: juin – juillet 2017

A. Objectifs fixés :

  1. Objectif général
  2. Contribuer au bon déroulement des examens, à une meilleure compréhension des examens et à l’évaluation des examens pour une éventuelle amélioration du système.

  3. Objectifs spécifiques
    • Contribuer à une analyse motivée du système des examens
    • Faire des propositions concrètes en vue de contribuer à l’amélioration du système des examens

B.Méthodologie adoptée

Descentes sur le terrain, observation, enquêtes et interview des acteurs.

C. Du financement de l’opération
D. Mode de compte-rendu

Rapport écrit

E. Limites

  • Implication tardive (à partir de la mi-juin) en raison de la lenteur de lacommunication officielle (fait inexplicablement récurrent d’une année à l’autre malgré la mention dans les rapports successifs). Impliqué par décision ministérielle dans le comité de suivi des examens, nous n’en avons reçu l’information qu’après la première semaine du mois de juin etl’accréditation nécessaire pour les descentes en mi-juin (fait une fois de plus avéré en 2017).
  • Malgré la mention récurrente dans les nombreux apports antérieurs, nous avons dû faire face, cette année encore, à une absence totale de moyens de travail. Il faut pourtant se déplacer sur le terrain, se restaurer,acquérir du matériel de travail. Cette absence de moyens financiers nous a contraint à limiter notre observation aux dysfonctionnements structurels pour envisager, avec le concours des intervenants que nous avons interviewés, des propositions/suggestions en vue d’éventuelles améliorations.Comme nous le disions dans un précédent rapport, les syndicats ne sont pas impliqués dans les examens au MINESEC.Pendant longtemps, le SNAES a utilisé ses propres moyens pour observer les examens, apportant là où ses ressources lui permettaient d’intervenir, une contribution substantielle à l’assainissement du climat et au bon déroulement des examens. Cette contribution bénévole a rarement pour ne pas dire n’a jamais été reconnue explicitement par les officiels du ministère. Au cours d’une récente rencontre avec le Ministre, nous lui avons signalé que la formule actuelle, qui consiste à impliquer intuitu personae quelques responsables de syndicats ne résout guère le problème du déploiement des organisations syndicales comme structures neutres pour assurer une observation plus libre et certainement plus objective du processus de déroulement des examens et concours officiels. Nous espérons que cela sera possible dans les années à venir et qu’avec un appui digne de ce nom des autorités en charge des examens, les syndicats pourront étendre l’observation à l’ensemble de nos 10 régions. Notre système de certification y gagnerait en crédibilité et en efficacité.

NB : Cette partie intitulée « Limites », nous l’avons reconduite pratiquement tel quel, sans en changer une seule virgule. D’une année sur l’autre, les limites, signalées, restent les mêmes. Cet immobilisme est en fait à l’image du système qui promet tout le temps et ne change strictement rien dans la pratique.

 

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II. DE L’OBSERVATION PROPREMENT DITE

Celle-ci a essentiellement porté sur les problèmes organisationnels tels qu’ils ont impacté le déroulement des examens. Comme au cours de la session 2016, la DECC a continué à améliorer l’organisation de ses examens; l’OBC, encore une fois, s’est illustrée par un important nombre de dysfonctionnements. Cette année, nous nous sommes intéressé particulièrement à la situation des correcteurs déplacés aux examens (y compris aux examens de la DECC), et aux épreuves facultatives aux examens OBC.

Concernant le GCE Board, il a pu surmonter le défi suscité par la crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, zones sources de l’écrasante majorité de ses candidats. Le GCE Board continue cependant à puiser indûment dans les ressources des établissements centres de ses examens, ce qui pose le problème de la gestion de la rubrique de son budget réservée à la matière d’œuvre et aux consommables des « practicals » des examens. En plus, pour ses examens blancs, les « mock », elle est entrain d’instituer des frais additionnels qui alourdissent les frais exigibles des élèves des classes de Form V et Upper Sixth, et dont la gestion échappe pour l’instant à tout contrôle. Comme tout contournement des règles initié par une institution anglophone, il est possible sinon probable que les autorités du gouvernement fermeront les yeux sur ce phénomène, du tant qu’il ne coûtera qu’aux parents d’élèves, tant pis si en raison de la pauvreté de la grande partie de ces derniers, elle aboutit à exclure une fraction d’enfants du système desdits examens.

 

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II.1. DES OBSERVATIONS TRANSVERSALES A TOUS LES EXAMENS

L’organisation des examens et concours session 2017 a permis de faire nombre de constats transversaux. En amont des phases écrites et concernant la préparation des centres d’examens, on a pu noter, notamment dans les zones rurales, beaucoup de laisser-aller et d’approximations. De nombreux chefs de centres ont fait preuve d’un laxisme étonnant, concernant la propreté des centres mais également la sécurité des lieux d’examens. On peut d’ailleurs imputer à ce genre de laxisme la tragédie de BANA dans le Haut-Nkam où un puits désaffecté a cédé et causé la mort d’au moins deux candidats au BEPC, endeuillant des familles et engageant ainsi la responsabilité de l’Etat. Ces problèmes de sécurité concernent aussi la sauvegarde de la confidentialité des épreuves et des copies après composition. Ici et là, il a fallu recourir aux services de la gendarmerie là où il y avait une brigade, et là où il n’y en avait pas et en l’absence de chambres fortes, des chefs de centres ont dû veiller eux-mêmes les épreuves et les copies.

Dans la région de l’Ouest, la descente sur le terrain par le Délégué régional qui a systématiquement fait le tour des centres et sous-centres d’examens a permis de rattraper bien de situations potentiellement malheureuses, mais cela devrait nous interpeller sur la sélection des chefs d’établissements en prenant en compte comme paramètre de choix les contraintes inhérentes à la gestion d’un centre ou d’un sous-centre d’examens.

Cette année encore, les feuilles d’examens avec intercalaires et brouillons séparés sont revenus aux examens francophones, avec la cohorte d’inconvénients pourtant connus puisque signalés depuis de nombreuses années: risques de favoriser les fraudes à travers les manipulations et les échanges, risques d’oubli de signer, de mal comptabiliser, de pertes pendant le transport, de soustractions frauduleuses etc. Le temps entre la demande d’un intercalaire et son obtention,la déconcentration de la salle créée par cette demande et la procédure de sa satisfaction, tous ces inconvénients impactent négativement l’efficacité des examens pour tous les acteurs.

De nombreux centres d’examens sont non équipés ou sous-équipés pour recevoir les examens. Dans l’enseignement général, pas d’électricité pour les équipements informatiques de plus en plus incontournables dans les examens. Dans l’enseignement technique, les ateliers n’offrent pas souvent les ressources pour les pratiques: le parc des ordinateurs est souvent en panne, les candidats en IH doivent louer eux-mêmes des machines à coudre au quartier et les transporter aux centres d’examens, les mécaniciens n’ont pas de moteurs pour leurs simulations etc.

Il faut signaler le problème des établissements privés et des cours du soir semi-clandestins, dont nombreux laissent leurs candidats se pointer aux examens avec des cartes d’identité scolaires souvent raturées, avec des photos non tamponnées, d’autres séquestrent les récépissés de leurs candidats pour impayés de frais de scolarité. Dans certains cas, les dossiers collectés auprès des candidats ne sont tout simplement pas transmis aux structures en charge des examens: c’est le cas pour cette session 2017 du Cours du soir Marie Perpétuel Secours de Yaoundé qui n’a pas pu déposer les dossiers de 20 candidats aux probatoires et baccalauréats ESG malgré les multiples rallonges de délais de dépôt.


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II.2. DES EXAMENS DE LA DECC

La DECC a poursuivi le processus d’amélioration de l’organisation de ses examens.
On a pu ainsi constater dans les CAP et le BEPC nombres d’innovations positives :

  • Inscriptions en ligne: celles-ci ont permis une réduction significative desrequêtes pour erreurs sur les et omissions de noms;
  • Qualité du matériel utilisé améliorée, ce qui a facilité le travail des secrétariats;
  • La version numérique désormais disponible des documents a facilité les délibérations; les équipes n’ont donc plus à recopier à la main les listes, avec les risques de mal orthographier et même d’omettre des noms ;
  • Les documents de travail sont arrivés à temps ;
  • L’étalement de la phase écrite sur 4 jours, consécutive à une déjà vieille requête des observateurs des examens, a permis de réduire la pression sur les candidatsnaussi bien que sur les autres catégories d’intervenants: c’est un bon débutet il est souhaitable que ce processus se poursuive ;

Concomitamment de nombreuses zones d’ombre ont persisté, et concernent souvent des aspects importants qui impactent sérieusement la qualité et l’efficacité de ces examens.
Les points faibles les plus saillants constatés sont les suivants :

  • Le traitement des secrétariats n’a pas évolué : 52500 pour un secrétariat d’un centre d’écrit et de délibération (soit près d’un mois de travail) contre 180000 F à l’OBC avec proportionnellement moins de tracasserie et de travail; Sur le terrain, les chefs de centres ont de plus en plus de mal à trouver des enseignants pour équiper les secrétariats des examens DECC, qui s’apparentent à des lieux de punition ;
  • Le désintéressement des intervenants sur l’ensemble du territoire a eu d’énormes problèmes: tardif un peu partout, avec un rattrapage louable à l’Ouest et un pourrissement incompréhensible au Centre ;
  • La délibération s’est faite, comme à l’habitude, sans les enseignants ayant corrigé les copies, en raison d’une option d’optimisation des coûts qui, soit écarte les correcteurs des zones rurales, soit les déplace sans payer leurs frais de déplacement ; les conséquences d’un point de vue technique sont connus (seuls ceux qui ont corrigé peuvent donner un avis valable sur le niveau des épreuves et des candidats), et les conséquences sociales devraient aussi être évaluées (on pense aux enseignants des zones rurales que ce processus marginalise et qui vivent cela comme une sanction);
  • L’insuffisance des centres de délibération qui fait que les rares centres créés sont pris d’assaut par les correcteurs et du coup beaucoup de correcteurs sont laissés de côté dans le cadre des délibérations ;
  • Le choix de l’épreuve facultative par les candidats ne tient pas compte de ce que celle-ci est effectivement enseignée ou non, ce qui amène à évaluer ce qui n’a point été enseigné ;
  • L’absence de marge temporelle entre les épreuves au cours de la phase écrite crée une forme de précipitation responsable de nombre d’erreurs et de perte de temps au détriment des candidats ;
  • Le retrait des épreuves parfois accompagné de fonds s’est quelquefois effectué à des heures indues, avec les risques personnels et organisationnels que cela comporte ;
  • Les chargés de mission ont été mis sur le terrain sans moyens, ce qui a précarisé leur position et a certainement joué sur leur rendement ;

Au chapitre des améliorations futures, en plus des insuffisances sus énumérées auxquels il serait souhaitable de trouver des solutions, la DECC pourrait dans le cadre des sessions d’examens à venir :

  • Centraliser le fichier informatique des candidats pour faciliter les délibérations ;
  • Laisser une marge d’au moins 15 mn entre les épreuves pendant la phase écrite pour permettre d’éviter la précipitation génératrice d’erreurs et de dysfonctionnements;
  • Corriger les manquements ci-dessus signalés.


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II.3. DES EXAMENS DE L’OBC

De nombreux dysfonctionnements ont, une fois de plus marqué le déroulement des examens de l’OBC.
Concernant la qualité des épreuves

De façon globale toutefois, la qualité matérielle des épreuves a été satisfaisante: peu de coquilles, bonne qualité d’impression… Sur le fond cependant, notamment dans l’enseignement technique, certaines épreuves étaient largement au-dessus du niveau des candidats et ont demandé aux enseignants plus de temps que celui imparti aux candidats pour les traiter. C’est notamment les cas au probatoire IH des épreuves d’analyse et de patronage gradation. Au probatoire ESG, la composition de l’épreuve de SVT a aussi été peu satisfaisante, pour ne citer que ces cas les plus saillants.

Concernant les chargés de mission OBC :

  • Certains CM ont cumulé leur fonction avec des tâches de correcteurs;
  • Les mêmes CM auxiliaires de la session 2016 se sont retrouvés dans les mêmes centres d’examens, augmentant ainsi la possibilité de collusions diverses;
  • La plupart des CM n’ont pas été dûment notifiés de leur désignation et du coup l’information est parvenue très laborieusement à beaucoup d’entre eux ;
  • Certains chargés de mission OBC ont été particulièrement arrogants dans les centres d’examens, traitant enseignants et chefs de centres sans le moindre égard. On se demande si des consignes dans le sens d’une cogestion des examens sans tensions inutiles ont été données à ces derniers pour éviter de tels débordements.

Concernant le billetage dans le processus de désintéressement des participants

La situation géographique des billeteurs OBC suscite, notamment dans la région de l’Ouest, une certaine inquiétude. Ce sont les chefs d’établissements périphériques isolés où des problèmes de sécurité seraient difficiles à gérer: le Lycée Bilingue de Baleng à Bafoussam, le Lycée Technique de Dschang dans la Menoua, le Lycée Technique de Foumban dans le Noun. Interpellé sur le sujet, l’OBC explique que la mutation de ses billeteurs par le ministère sans tenir compte de leur statut aboutit à certains de ces inconvénients, du moment que tous les chefs d’établissements n’ont pas le profil approprié pour occuper une si délicate fonction. Toujours sur ce volet, on peut noter le cas du billeteur qui cumule les départements du Ndé et du Haut-Nkam : alors qu’il se trouve à Bangangté, la banque où opère son compte est à Bafang. Il semblait plus logique que le billeteur fût nommé là où se trouve la banque, mais l’OBC en a décidé autrement. Ce dossier des billeteurs est donc bel et bien à revoir pour prévenir d’éventuelles incidents futurs;

Concernant l’organisation des examens OBC

L’organisation a été globalement bonne mais elle n’a pu échapper à une dose relativement importante de négligences :

  • Le non affichage des listes des correcteurs en raison de ce que celles qui ont pu être disponibles n’étaient pas signées, donc était peu fiables ;
  • Lors des délibérations, le montant du désintéressement des participants n’est pas fonction des tâches à accomplir mais de la discrétion des présidents de jurys ;
  • Concernant la programmation des épreuves, l’épreuve d’anglais au Bacc ESG, prévue pour deux séries différentes, a été programmée dans les deux séries en décalage; on image le trésor d’imagination qu’il a fallu déployer pour éviter les fuites ;

Concernant le désintéressement des intervenants

Le désintéressement des intervenants a été le talon d’Achille de la session 2017 à l’OBC. Le cumul au fur et à mesure des impayés, notamment des sommes dues aux correcteurs du Baccalauréat a failli à un moment donné compromettre les délibérations du probatoire. Toute enquête faite, il est apparu que la provision prévue à cet effet était bel et bien disponible dans les livres du Trésor publique, mais indisponible, théoriquement, dans les caisses. Ceci pose le problème de l’implication du Trésor public dans les paiements des activités des examens en particulier, et des sommes nécessaires au fonctionnement des administrations publiques en général. Sous le prétexte officieux de pénuries de liquidités, les responsables des postes de paiement du Trésor public retardent systématiquement les paiements dus et entravent de ce fait la mise en œuvre d’activités dont les délais sont callés au plan national et qu’il est impossible de reporter. Le bon déroulement des examens pour son financement ne devrait pas dépendre des aléas de liquidité ni des caprices des fonctionnaires du Trésor public ;

Sur un autre plan, l’impératif de réduction/optimisation des coûts des opérations des examens va à terme déboucher sur des conséquences peu souhaitables. Des examens à bas coûts (Low costs) seront forcément des examens peu fiables. La liste des procédures d’optimisation des coûts des examens est longue, et si elle concerne en priorité l’OBC en ce qu’elle a amorcé depuis la session 2016 une nouvelle phase de dégradation du traitement des intervenants en excluant les correcteurs déplacés aux délibérations des probatoires ESG, elle concerne toutes les structures d’organisation des examens : DECC comme GCE Board :

  • Missions payés à des taux forfaitaires ;
  • Compression de la durée des phases écrites ;
  • Non équipement des centres de pratique ;
  • Cumul des arriérés de paiement d’une année sur l’autre ;
  • Sous-évaluation des coûts de matière d’œuvre pour lespratiques aux examens de l’enseignement technique, ce qui fait que dans certains centres de pratiques, on évalue des équipes de candidats parce qu’il a fallu faire des groupes pour utiliser le peu de matière d’œuvre disponible…

Concernant la non convocation des correcteurs déplacés aux délibérations

Depuis 2016, l’expérimentation d’une possibilité d’écarter les correcteurs déplacés des délibérations des examens a démarré par les probatoires ESG. Le caractère anti-pédagogique de cette mesure (seuls ceux qui ont corrigé peuvent en effet évaluer par rapport aux candidats le niveau des épreuves) ainsi que son caractère discriminatoire pour les enseignants de brousse finalement en voie de se voir exclus de tout, seuls ces considérations retardent pour l’instant la généralisation de cette mesure. Elle ferait économiser un joli petit pécule aux organisateurs des examens, mais à quel prix pour l’efficacité et la qualité des examens, pour la motivation des enseignants ainsi discriminés ?

Approchés, les responsables des structures qui organisent les examens disent tous que les instructions sont à l’autofinancement des examens. Il faut cependant faire une nette différence entre l’autofinancement et le sous-financement. La piste de réduction des coûts qui consiste à rogner dans les dépenses incompressibles, notamment celles qui concernent les personnels intervenants dans les examens n’est pas la bonne. Pour certains examens, notamment ceux du sous-système francophone, il faut envisager une revue à la hausse de la participation des candidats, celle-ci étant notoirement faible comparativement à ce que les mêmes parents paient pour les examens du sous-système anglophone. L’intervention de l’Etat, garant de la qualité des examens, sera malgré le niveau de contribution des parents d’élèves toujours nécessaire et cette pression autour de l’autofinancement des examens ne peut être qu’une démission ;

Concernant l’épreuve facultative aux examens ;

Une crise a été ouverte avant même les examens entre l’OBC et les intervenants de la chaîne pédagogique: l’inspection en charge de la confection des épreuves en question. Nous avons dû mener une enquête pour déterminer le bien-fondé des griefs soulevés au débit de l’OBC.

Le problème de l’épreuve facultative de dessin d’art ou de musique entre autres ne concerne cependant pas uniquement l’OBC. Mais puisque la crise est née autour du problème des corrections, notamment sur le choix desdits correcteurs pour une épreuve dont les copies apparaissent faciles à corriger d’une part, et d’autre part susceptibles d’être corrigées sans une expertise établie, il est apparu que le choix de l’OBC de faire corriger lesdites copies dans le quasi secret – l’opacité disent les inspecteurs, sans compte tenir des fiches correcteurs remontées des délégations – ce qui n’est pas jusqu’ici le cas aux examens DECC – a de plus en plus de mal à passer au fil des années.

En effet, aussi bien dans les inspections régionales (nous avons enquêté dans deux régions) qu’à l’inspection nationale, les griefs sont les mêmes : les enseignants qui proposent les épreuves ne sont pas impliqués dans les corrections des copies ; les centres de correction sont secrets et les inspections ne savent qui sont les correcteurs convoqués à ces centres ni quelle est l’expertise de ces derniers. Sur le terrain en région, l’on ne reçoit que des notes à relever, sans que l’on puisse savoir d’où elles proviennent et si elles correspondent à un travail donné. Il se profile donc à l’inspection une menace de refus de proposition d’épreuves aux épreuves facultatives à venir aux examens OBC, et ce refus serait d’autant fâcheux que statutairement l’OBC n’est pas habilité par ses textes à élaborer des épreuves à ses examens.

Pour comprendre le problème de l’épreuve facultative, nous sommes remontés à sa source : la salle de classe. On note les tares suivantes :

  • Le dessin d’art comme la musique ou autre chose de semblable – les arts de la scène par exemple – ne sont pas enseignés dans les collèges et lycées, à l’exception de quelques établissements confessionnels ;
  • Dans les établissements publics, l’inspection concernée en est encore à encourager les enseignants des arts et cultures nationales à s’y essayer, tout en sachant que ces derniers n’ont ni la compétence technique ni l’expertise pédagogique pour délivrer les cours dans ces disciplines ;
  • Dans les établissements confessionnels, ce ne sont que des débrouillards qui enseignent ces disciplines, rarement de véritables artistes ;
  • Pour les corrections, la DECC s’appuie sur les enseignants d’ESF, quelquefois de géographie et de biologie, les uns comme les autres incompétents en la matière. Il n’est pas rare de trouver sur la fiche correcteur les noms des membres du personnel de service (chauffeurs, gardiens…).

Approchés, les responsables de l’OBC ont justifié leurs choix :

  • A un moment donné, les épreuves proposées ne respectaient pas les critères d’anonymat et permettaient d’office aux correcteurs de déterminer les régions de provenance des copies : les propositions de dessins poussant les candidats à sélectionner des ouvrages marqués régionalement. L’OBC a donc décidé de supprimer le dispatching régional des copies pour constituer un jury unique étroitement surveillé ;
  • Sur un autre plan, contrairement à ce qui est présumé, la copie de dessin n’est pas payée le même montant qu’une copie de philosophie ou de mathématiques.Pour cette épreuve, l’OBC pratique une politique de montants forfaitaires.

Il y a donc des problèmes réels, mais les solutions ne sont pas à la hauteur :

  • Aux examens DECC comme OBC, on évalue des disciplines qui ne sont pas enseignées, et cette tâche est confiée à une chaîne dont le degré d’inexpertise s’accuse au long du processus, de la proposition des épreuves aux corrections ;
  • La dérogation décidée par l’OBC ne résout nullement les problèmes identifiés, au contraire, elle les maintient tout en créant de nouveaux, notamment celui de crise des propositions d’épreuves ;
  • La politique de montants forfaitaires payés aux correcteurs de ces épreuves, justifiée par l’inexpertise des correcteurs, conforte le statut d’une épreuve peu sérieuse admise comme telle, et que l’on maintient comme telle pour influencer le résultat des examens. Si cette politique n’est pas appliquée au dessin technique, c’est que l’on présume que le dessin d’art est plus facile à réaliser, plus facile à corriger, surtout n’obéit à aucune règle contraignante, ce qui est manifestement loin de la vérité.

Il est donc nécessaire de revoir de fond en comble tout le processus qui mène aux épreuves facultatives aux examens pour rendre professionnels l’enseignement et l’évaluation de ces disciplines. Dans ce sens, il nous a semblé que les inspections ont déjà suffisamment de propositions qu’il suffit de recueillir et d’analyser.

Concernant la production et de la diffusion des résultats des examens ;

Les remarques que nous avons faites sur la session 2016 concernant cette phase sont encore en partie valables pour ce qui est de l’OBC. La production et la diffusion des résultats ont souffert de l’absence générale de fluidité du processus des examens OBC. Le contrat négocié avec un opérateur téléphonique pour faciliter l’accès aux résultats a été exécuté au détriment du grand nombre, qui attend les résultats affichés dans les centres d’examens. Il est clairement apparu que cet affichage a été retardé de 48h pour stimuler les appels en direction de l’opérateur. Ce qui aboutit à taxer indirectement l’accès aux résultats des examens en s’appuyant sur l’anxiété des candidats. En tout état de cause, il serait judicieux que l’OBC communique auprès du grand public sur ce phénomène pour édifier l’opinion.

 

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II.4. DES EXAMENS DU GCE BOARD

Concernant le GCE Board, nous allons nous concentrer cette année sur le financement des intrants aux épreuves pratiques. C’est un vieux dossier que nous soulevons depuis des années, sans émouvoir ni le ministère, ni les responsables du Board. Ce silence favorise toutes sortes d’arnaques de la part de nombreux chargés de mission du GCE Board : ces derniers empochent les frais des consommables et font approvisionner les laboratoires par les chefs de centres d’examens, aux dépens des maigres budgets de fonctionnement de ces établissements. Nous sommes surpris que ces faits de potentiels détournements de budgets n’intéressent pas le ministère et nous demandons si ces rapports que nous produisons servent vraiment à quelque chose. Il se pose aussi un problème de traitements discriminatoires réservés aux structures en charge des examens, l’OBC constatant avec raison que les dysfonctionnements le concernant semblent plus promptement indexés que ceux concernant d’autres structures exerçant les mêmes tâches. Pour illustrer notre propos, nous allons mettre côte à côte les rapports que nous avons produits ces 3 dernières sessions sur la gestion des consommables aux « practicals » des examens du GCE Board.

Sur la gestion des intrants aux épreuves pratiques aux examens GCE dits « practicals »: 2015

Il s’agit ici de ce qui correspond à la matière d’œuvre. Il est évident que le coût de ces intrants relève du budget spécifique des examens détenu et géré par le Board. Quand ce coût se retrouve finalement dans le budget des établissements centres ou sous-centres des examens GCE Board sans cesser, peut-être, de figurer dans celui du GCE Board, il y a pour le moins double emploi, et soupçon de détournement de la part à la fois des établissements qui financent le GCE hors lignes budgétaires, et du GCE Board qui facture des prestations payées par des tiers. Le montant de ces prestations peut être par moments très élevé, entre 600.000 FCFA et 1.500.000 FCFA sinon plus, sommes véritablement élevées pour des établissements dont les budgets de fonctionnement ont véritablement fondu ces dernières années. ET ce n’est pas parce que les chefs d’établissements vivent de plus en plus dans la peur de toute forme même élémentaire de hiérarchie et cèdent à tous les chantages et menaces que de telles pratiques de la part d’une institution disposant d’un financement de ses activités est acceptable. Le GCE Board doit pouvoir prendre en charge ses examens de bout en bout, et s’en donner les moyens. La qualité même de ces activités en dépend.

Sur la gestion des intrants aux épreuves pratiques aux examens GCE dits « practicals » : 2016

Nous pourrions réécrire ce paragraphe, et dire avec des mots différents ce que nous en avons dit au cours de la dernière session. Ce ne sera pas forcément mieux dit. La situation de la gestion des intrants aux examens pratiques du GCE, bien que dénoncée chaque année, reste tel quel au fil des ans, lançant un véritable défi à l’observation des examens. Le GCE se finance donc avec les cotisations d’élèves qui ne font pas le GCE, qui ne sont même pas dans le sous-système anglophone. Ce ne serait pas un problème si les choses étaient ainsi règlementées. Il n’en est rien pourtant. Voici ce que nous en avons dit la session 2015, qui reste entièrement d’actualité :

Il s’agit ici de ce qui correspond à la matière d’œuvre. Il est évident que le coût de ces intrants relève du budget spécifique des examens détenu et géré par le Board. Quand ce coût se retrouve finalement dans le budget des établissements centres ou sous-centres des examens du GCE Board sans cesser, peut-être, de figurer dans celui du GCE Board, il y a pour le moins double emploi, et soupçon même de détournement de la part à la fois des établissements qui financent le GCE hors ligne, et du GCE Board qui facture des prestations payées par des tiers. Le montant de ces prestations peut être par moments très élevé, entre 600.000 FCFA et 1.500.000 FCFA sinon plus, sommes véritablement élevées pour des établissements dont les budgets de fonctionnement ont fondu ces dernières années. Et ce n’est pas parce les chefs d’établissements vivent de plus en plus dans la peur de toute forme même élémentaire de hiérarchie et cèdent à tous les chantages et menaces que de telles pratiques de la part d’une institution disposant d’un financement de ses activités est acceptable. Le GCE Board doit pouvoir prendre en charge ses examens de bout en bout, et s’en donner les moyens. La qualité même de ces activités en dépend.

Sur la gestion des intrants aux épreuves pratiques aux examens GCE dits « practicals » : 2017

Au cours de cette session 2017, pour vérifier s’il y a eu évolution, nous sommes descendu dans deux centres de GCE dans deux départements différents : les constats faits ont montré qu’il n’y a guère eu la moindre évolution. Dans l’un des centres, les achats sur factures d’intrants aux frais de l’établissement se sont montés à 369 000 FCFA plus la location d’un groupe électrogène à 55000FCFA pour les activités exclusives du GCE. Dans le second établissement, les factures ont dépassé largement les 500 000 FCFA. En plus s’y sont greffés des pratiques vexatoires : le « superintendant » d’une des disciplines s’est pointé dans l’un de ces centres le dimanche en milieu de journée pour brandir une longue de liste d’intrants à acquérir pour des practicals devant se dérouler le lendemain lundi, sans se soucier de savoir si le chef d’établissement allait disposer à ce moment-là d’une caisse approvisionné, un jour non ouvrable, pour faire face au niveau de dépenses qu’il exigeait, et a répondu aux objections par des menaces de suppression du centre d’examen. Combien de centres de GCE à travers la république ont été témoins de pareilles scènes ? Certainement un nombre conséquent. Une enquête devrait être menée sur la gestion des centres d’examens GCE pour mettre en lumière le type de fonctionnement qui y a cours pendant les examens.


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III. SUGGESTIONS ET RECOMMANDATIONS

Depuis la session 2015, nous proposons comme au cours des sessions précédentes de nombreuses pistes pour améliorer et rendre plus efficace le système d’évaluation certificative camerounais. Quelques-unes de ces propositions ont été prises en compte et cela seul est encourageant. Nous allons citer la mesure emblématique d’étalement des CAP et du BEPC sur 4 jours pleins. C’est un bon début même s’il faudra aller beaucoup plus loin. La grande partie de ces propositions est toujours d’actualité. Tout en maintenant les propositions antérieures qui n’ont pas fait l’objet d’une quelconque réforme des processus, nous allons y joindre quelques nouvelles dans le cadre du rapport de cette session 2017.

  1. . Nous commençons par l’analyse comparée de la sanction uniforme appliquée à deux incidents de types pourtant totalement différents : le retard et la fraude.
  2. Le retard est le fait pour le candidat d’arriver trop tard pour être admis en salle, de se manifester, de se produire après le moment fixé, attendu. Il peut relever d’un simple accident, d’une force majeure, et n’avoir aucun rapport avec une volonté quelconque de tricher. Le manque de sommeil lié à la préparation de l’examen, la pression… peuvent produire ce genre d’accident. Le retard n’est très souvent que le résultat d’une faiblesse physique.
    La fraude par contre est une action faite de mauvaise foi, dans le but de tromper. C’est un acte accompli dans l’intention de porter atteinte aux droits, aux intérêts généraux ou d’autrui. Derrière la fraude, il y a une volonté de contourner ou de violer les règles avec au bout un profit personnel visé.
    Le retardataire se bat en vain pour se conformer à la règle alors que le fraudeur se bat de toutes ses forces pour la contourner, la violer. Cependant, les deux actes, dans le cadre des examens, aboutissent à la même sanction : l’exclusion de la session en cours de l’examen.
    Il serait plus juste de différencier le traitement de ces deux infractions : pour le retardataire, l’exclusion de l’épreuve pour laquelle il n’a pu venir à l’heure, quitte à ce que les autres épreuves pour lesquelles il est venu à l’heure lui permettent ou non de se rattraper ; pour le fraudeur, l’exclusion de la session d’examen dont il a voulu contourner ou violer les règles. A ce moment-là, ce serait justice.

  3. Nous suggérons à nouveau que soit plus poussée la revue de la durée de l’écrit aux examens BEPC et CAP pour revenir à un maximum de deux épreuves par jour. L’âge des candidats à ces examens plaide pour une telle réforme. L’équité aussi si l’on considère le temps imparti à leurs condisciples du sous-système anglophone dans le même niveau et de plus en plus sur les mêmes campus scolaires. Cette réforme à elle seule pourrait modifier sensiblement et positivement les performances des candidats à ces examens.
  4. En outre, malgré l’effort actuel, la rémunération des prestations des intervenants aux secrétariats des examens DECC reste peu attrayante. Nous avons vu que le traitement des secrétariats des examens DECC n’a pas évolué : 52500 pour un membre de secrétariat d’un centre d’écrit et de délibération (soit près d’un mois de travail) contre 180000 F à l’OBC avec proportionnellement moins de tracasserie et de travail. C’est une discrimination qui ne se justifie pas objectivement. C’est pourquoi en concurrence avec les examens de l’OBC, les examens DECC perdent toujours du personnel.
  5. L’OBC a dû délibérer cette année avec les correcteurs déplacés des zones enclavées mais a dû également s’imposer de payer avec ce dont il disposait, ce qui revient à dégrader la contrepartie déjà très critiquée d’une prestation qui exige attention et sérénité. A terme, les enseignants bouderont cette activité, ils le font déjà dans une certaine proportion qui est susceptible de s’amplifier.
  6. Le problème du chevauchement des examens s’est encore posé cette année, opposant les examens DECC aux examens OBC. Deux structures en charge des examens dans un même sous-système d’un même ministère ne peuvent que se télescoper : il y en a une de trop. Ce qu’il faudrait au MINESEC, ce n’est pas un office du Baccalauréat, c’est un office des examens. Le ministère aurait suffisamment à faire sans être obligé de se mêler des examens pour créer la cacophonie des programmations et des intervenants.
  7. Les feuilles d’examens avec intercalaires et brouillons séparés sont revenus aux examens francophones, avec la cohorte d’inconvénients pourtant connus puisque signalés depuis de nombreuses années : risques de favoriser les fraudes à travers les manipulations et les échanges, risques d’oubli de signer, de mal comptabiliser, de pertes pendant le transport, de soustractions frauduleuses etc. Le temps entre la demande d’un intercalaire et son obtention, la déconcentration de la salle créée par cette demande et la procédure de sa satisfaction, tous ces inconvénients impactent négativement l’efficacité des examens pour tous les acteurs. Il faut se décider à passer au cahier de composition ;
  8. La multiplication des centres et sous-centres sans équipements appropriés et infrastructures sécurisées est une aberration. Le moindre contretemps expose les candidats de tels centres et sous-centres à des inconvénients qui entament leurs performances, et exposent le système des examens à des fraudes pouvant impacter l’ensemble de l’examen. Il faut revoir cette politique ;
  9. Le choix des chefs d’établissements centres ou sous-centres d’examens doit se faire en intégrant ce paramètre. Si le centre en plus sert de centre de billetage, il est important d’en tenir compte également et, pourquoi pas, de consulter l’OBC ;
  10. Après les examens, les candidats, tous les candidats, qu’ils aient été reçus ou refusés, ont besoin de leurs relevés de notes. Les uns pour compléter d’éventuels dossiers, les autres pour tirer les leçons de leur échec et mieux préparer les sessions à venir. En fait, ceux qui ont été refusés ont encore plus besoin de leurs relevés de notes que ceux qui ont été reçus. Nous suggérons donc que ces relevés soient établis et mis à la disposition de tous.
  11. La grande innovation de ces deux dernières années au plan de la publication des résultats, leur disponibilité sur simple appel téléphonique auprès d’un opérateur grand public, est louable. Mais elle ne doit pas aboutir à taxer indirectement l’accès aux résultats auprès des candidats. Il doit s’agir d’une offre supplémentaire et facultative, pour les candidats qui soit ne veulent pas soit ne peuvent au moment de la disponibilité des résultats se rendre dans les centres d’examens. Les résultats doivent donc toujours être simultanément affichés dans les centres d’examens.
  12. Dans les centres accueillant les examens des deux sous-systèmes, selon que l’on se trouve dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest ou dans les 8 autres régions, le chef de centre ne comprend généralement pas grand-chose aux examens d’un des sous-systèmes et doit se reposer presqu’entièrement sur un de ses censeurs, tantôt francophone, tantôt anglophone. Ce dernier devient de ce fait chef de centre de fait, mais non de droit. Il pose des actes, mais n’en assume pas au plan juridique la responsabilité. C’est une situation potentiellement génératrice de risques pour les examens. Il serait plus judicieux et peut-être plus efficace de faire de cet adjoint un chef de centre assistant dans les examens qu’il supervise sous les ordres du chef de centre.
  13. Concernant les épreuves facultatives aux examens, il est souhaitable
    • Que ces disciplines soient enseignées : ainsi on n’évaluerait que ce qui a été enseigné effectivement, comme l’exige la déontologie. Il existe un programme de travail manuel: pourquoi pas un programme pour le dessin d’art, la musique ? Ces disciplines cesseraient d’être de sous-disciplines confiées au premier venu pour l’évaluation et rémunéré à des taux forfaitaires ;
    • Que les candidats ne choisissent que ce qui leur a été effectivement enseigné dans leur établissement ;
    • Que les correcteurs disposent d’une véritable expertise dans ces matières, et que leur sélection se fasse sur la base des propositions des inspections concernées

Fait à Dschang, le 02 août 2017


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Mot de Roger KAFFO FOKOU, SG SNAES, à l’occasion du Congrès 2017 du SNIEB

– Madame le Ministre de l’Education de Base ou son représentant,
– Camarade SG du SNIEB,
– Autorités locales diverses en vos rangs et prérogatives,
– Représentants des médias,
– Camarade Secrétaire Général de la Fédération des Syndicats de l’Enseignement
et de la Recherche,
– Camarades responsables des syndicats de l’éducation,
– Camarades syndicalistes,
– Distingués invités,
– Mesdames et Messieurs,

C’est un privilège que le Syndicat National Indépendant de l’Education de Base m’a
offert en m’invitant à son congrès ordinaire. Au nom du Syndicat National Autonome de
l’Enseignement Secondaire, je l’en remercie infiniment. Permettez ensuite que j’en profite
pour vous adresser le salut syndical et la considération du SNAES, pour tout ce que chacun
de vous, dans son rôle, fait ou projette de faire pour redonner à l’éducation dans notre pays
ses lettres de noblesse, pour redorer le blason depuis longtemps terni des professionnels de
la craie, pour sortir notre école de l’indigence infrastructurelle, matérielle, intellectuelle,
pédagogique, didactique et j’en passe. C’est un combat noble entre tous, qui devrait exalter
toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, mais le contexte national est à
l’obscurantisme, un obscurantisme qui surprend en plein XXIe siècle, et qui exige par
conséquent un engagement hors norme, radical, et ce type d’engagement ne court
malheureusement pas nos rues aujourd’hui.

Ce congrès, tout ordinaire qu’il est, ne se tient pas à un moment ordinaire pour notre pays. En ce moment et depuis quelques années, le Cameroun est en guerre. Il est en guerre parce qu’il est attaqué sur plusieurs fronts : au Nord par l’obscurantisme religieux des fanatiques de la secte Boko haram, à l’Est par les factions errantes des milices centrafricaines, dans la zone anglophone par un sécessionisme nostalgique de l’héritage colonial, en mer par des forces obscures que l’on peine encore à identifier. Il est également en guerre parce que ceux qui le dirigent ont décidé de combattre tous ceux qui luttent pour plus de liberté, pour défendre les droits fondamentaux de l’Homme, et notamment le droit sacré à l’éducation, à une éducation de qualité pour tous. Nous faisons donc face aujourd’hui à des circonstances extraordinaires, et celles-ci nous imposent de nous exprimer et d’agir avec la plus grande lucidité mais le plus grand engagement. Des soldats camerounais meurent chaque jour aux différents fronts, très souvent dans le silence médiatique. Il y a de cela quelques semaines, 34 soldats sont morts ou portés disparus dans le naufrage de leur navire au large de la zone de Bakassi. Nous voulons ici dire toute l’émotion de la grande famille du SNAES et notre soutien aux familles de ces soldats qui tombent sur tous nos fronts pour la défense de la patrie. Eux ne confisquent pas, ne pillent pas nos caisses et nos richesses ; au contraire ils donnent jusqu’à leurs vies, pour nous, pour le pays. Ils sont des exemples d’engagement et de détermination, de courage et d’esprit de sacrifice, que nous voulons donner aux enseignants en général et aux syndicalistes en particulier, à imiter.

C’est d’ailleurs au nom de cet engagement, de cette détermination et de ce courage, que nous voulons aujourd’hui dire à nos compatriotes sécessionnistes anglophones que nous ne soutiendrons pas leur projet ; que non seulement nous ne le soutiendrons pas, mais qu’au besoin nous prendrons les armes pour le combattre. Cela est clair et entendu, une fois pour toute. Les forces impérialistes ont divisé et dépecé notre pays en 1916 et après, et ne nous en ont remis que quelques morceaux à partir de 1960 ; des morceaux que nous n’avons pas fini de recoller, pour des raisons qu’il n’est pas opportun de développer à cette tribune. Nous ne pouvons accepter que des forces, fussent-elles de l’intérieur et quelles que puissent être leurs raisons, nous le redivisent à nouveau. Par contre, nous soutiendrons tous ceux qui, sans attenter à l’intégrité territoriale de notre pays, se battent pour de meilleures formes de gouvernance et de gestion. Nous avons soutenu, avec l’ensemble des syndicats dits francophones, toutes les revendications visant à lutter contre la marginalisation du soussystème éducatif anglophone, qui est d’ailleurs ouvert aujourd’hui aux enfants du Cameroun toutes régions confondues. Allant dans le sens de ce combat, nous refusons notre caution à toute forme de gouvernance qui ne prend pas en compte les intérêts du grand nombre. Face au désastre de plus de cinq décennies de centralisation, nous soutenons tous ceux qui se battent pour la décentralisation véritable ou pour un fédéralisme qui ne soit pas une régression nostalgique. Et nous saisissons l’opportunité de cette tribune pour dire à l’Etat du Cameroun, à ceux qui incarnent son pouvoir, qu’il est temps depuis longtemps, sur la question anglophone, d’ouvrir le débat politique sur la forme de l’Etat. Notre pays a grand besoin de consensus aujourd’hui, et sur cette question-là plus que sur toute autre. Nous avons dit que notre pays est aussi en guerre parce ceux qui le dirigent combattent tous ceux qui luttent pour la liberté et les droits fondamentaux de l’Homme. Depuis 26 ans le SNAES a déposé 4 déclarations ou demandes de reconnaissance légale auprès des autorités compétentes de notre pays, et pas une seule fois ces dernières n’ont daigné lui répondre. En 27 ans de ce qu’on a appelé la démocratisation, 95% des syndicats d’enseignants, malgré leurs efforts individuels et collectifs, se sont vus refuser par l’Etat du Cameroun la reconnaissance légale à laquelle ils ont droit en vertu des conventions internationales pourtant ratifiées par notre pays. Il s’agit d’un état de guerre permanent instauré par les autorités de l’Etat pour gérer dans l’urgence ou dans l’exception les affaires du pays. Regardez ce qui est fait depuis des années de l’éducation de ce pays, des enseignants de ce pays. Regardez, comme dans tous les Etats en guerre, on a privé l’éducation de ses moyens, d’infrastructures, d’équipements, de personnels qualifiés. Les Japonais sont venus se pencher à son chevet, comme sur le théâtre des grandes catastrophes. L’Etat a réduit notre éducation de base au paquet minimum, dont les trois quarts engraissent les rouages de la gigantesque, pléthorique et vorace machine bureaucratique, et nous savons tous que seules les dernières miettes de ce fameux paquet atteignent les écoles. Les quelques contingents d’enseignants que l’Etat recrute encore doivent faire des sit-in pour être pris en solde, après de longues années de galère, et les écoles, les collèges et lycées sont de plus en plus abandonnés aux maîtres des parents et aux vacataires honteusement exploités, comme une main-d’œuvre servile, dans leur propre pays par leur propre Etat ! Depuis 5 ans le Premier Ministre promet un Forum national pour que l’on se penche enfin, après 22 ans de quasi abandon, sur ce grand malade qu’est l’éducation nationale aujourd’hui. Mais peut-être attend-on qu’il finisse d’agoniser pour que l’on organise une bonne foi pour toutes ses obsèques. Pendant ce temps, on peut bien dépenser des centaines de milliards pour organiser deux coupes d’Afrique afin de nous distraire de nos problèmes et de nos malheurs.

Dans le contexte exceptionnel de ce congrès ordinaire, je voudrais dire aux militants du SNIEB, aux camarades syndicalistes ici présents, à tous les enseignants, que le destin de notre pays, qui se joue ces temps-ci plus qu’à une autre époque, exige de chacun et de tous le plus grand engagement et la plus grande détermination. Dans de telles circonstances, si l’on n’est pas prêt au plus grand sacrifice, il est inutile d’espérer que l’on puisse faire vivre et prospérer une cause. Et cela est encore plus vrai pour les bonnes causes que pour les mauvaises. En ce moment, l’une de ces causes qui nous préoccupe au plus haut point est celle de la rentrée scolaire 2017-2018 dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Nous en appelons à toutes les parties pour que les conditions d’une véritable reprise des classes dans ces zones soient négociées. Quant à notre engagement syndical, camarades, ne nous soucions pas d’abord de savoir si notre voisin est avec nous : le bien est d’abord une qualité avant d’être une quantité. Que ce congrès nourrisse votre engagement, trempe votre courage, et fasse de vous des exemples pour l’ensemble du corps enseignant, afin que demain, ensemble, nous puissions gagner la bataille contre tous les obscurantismes, pour la liberté, l’unité et le développement de notre pays.

Un pour tous, tous pour un !

REVENDICATIONS DES SYNDICATS ANGLOPHONES : qu’en penser ? Jusqu’où peuvent-ils aller ? Interview

Cette interview, demandée par un journal de la place le 28 novembre 2016 et finalement non publiée pour des raisons souveraines permettait déjà d’apporter un éclairage sur le problème posé par le mot d’ordre de grève des syndicats dits « anglophones », et sur la manière de les gérer par le Gouvernement, avec les conséquences prévisibles. Elle reste d’actualité. Aussi la proposons-nous à nos lecteurs.

Quelles sont les principales revendications des enseignants anglophones ?

Roger Kaffo Fokou : Naturellement les enseignants anglophones  responsables des mots d’ordre seraient les mieux placés pour les formuler de façon précise. Néanmoins, ayant l’obligation pour des raisons évidentes de me tenir au courant, j’en sais évidemment quelque chose. Il est limpide que les enseignants anglophones dans le cadre des actions en cours n’articulent pas du tout les revendications des enseignants, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’y adhèrent pas. Leur priorité est, je l’espère momentanément, accaparée par la défense des intérêts bien compris de la minorité linguistico-ethnique qu’ils représentent. La constitution de 1996 fait, comme chacun le sait ou devrait le savoir, de la protection des minorités un droit fondamental de notre pays. Les revendications des enseignants anglophones sont donc constitutionnelles dans la forme et sont par conséquent recevables pour un examen au fond. Dans ce grand cadre, les enseignants anglophones peuvent ainsi disposer des griefs plus spécifiques concernant d’une part la situation déplorable du sous-système éducatif anglophone, d’autre part de la répartition clientéliste des richesses du pays à travers la politique fortement discriminatoire et opaque de la formation et de l’emploi… A titre d’exemple, le problème du déficit d’enseignants anglophones dans l’enseignement technique anglophone est à la fois réel et tragique : il justifie en bonne partie les accusations de francophonisation de l’éducation anglophone. S’y ajoute l’absence d’imagination et de bonne volonté, qui peut s’apparenter à un véritable sabotage : comme expliquer autrement le fait que des dénominations purement francophones – CAP, probatoire, baccalauréat – soient maintenues, sans tentative de traduction, pour des examens anglophones ? Faire un examen anglophone et recevoir un diplôme francophone ressemble à une opération frauduleuse. C’est comme si l’Etat donnait lui-même la longueur de corde suffisante pour le pendre…

 

Fallait-il nécessairement aux enseignants anglophones descendre dans la rue pour exprimer leur colère ?

Roger Kaffo Fokou : Ils n’ont probablement pas mesuré le caractère véritablement explosif de la rue camerounaise aujourd’hui, ou alors ils ont compté sur celui-ci. La colère comme l’on sait est mauvaise conseillère, mais l’Etat chez nous ou plus précisément ceux qui l’incarnent ont cultivé au plus haut point l’art de souffler sur les braises de la colère. On parle alors « du temps du président », là où d’ailleurs ce dernier parle plus à propos d’inertie. Le 13 décembre 2014, dans un communiqué conjoint, le CATTU et le TAC avaient déjà menacé de lancer une grève de l’enseignement anglophone dès janvier 2015. Plus intéressant encore, une délégation du CATTU et de 9 parlementaires anglophones avait déjà rencontré M. FAME DONGO en 2009 pour lui poser les problèmes de la formation des enseignants pour le sous-système anglophone. Plusieurs leçons se dégagent ainsi :

  1. la patience des enseignants anglophones a été longuement abusée. On peut en dire autant de celle d’autres composantes de notre tissu national ;
  2. Un comité inter-ministériel avait alors été promis pour se pencher sur ces questions, il n’a jamais été créé. On voit pourquoi le tissu de la confiance entre les Camerounais et les institutions de leur pays n’a cessé de s’effilocher ;
  3. La politisation de la question de l’éducation anglophone était évidente déjà en 2009, et cela n’a ému personne au gouvernement ;
  4. Les sorties de M. FAME DONGO, qui ont constamment péché par un manque incroyable de modestie, ont consisté à attiser la colère des Anglophones en répétant à satiété que ces derniers ne comprenaient rien.

On peut ainsi voir que les Anglophones ont été poussés à la faute, ils ne s’en sont pas particulièrement bien défendus mais toute proportion gardée, il me semble qu’il faut éviter sur ce sujet les vues simplificatrices.

 

Comment justifiez-vous la réaction de l’Etat qui a réprimé dans le sang les manifestations de ces enseignants ?

Roger Kaffo Fokou : Celle-ci ne se justifie pas lorsqu’on prend en compte l’ensemble du panorama. L’Etat a eu largement le temps d’engager le dialogue et d’apporter les premières solutions avant que les revendications ne basculent dans le bruit et la fureur. Ses représentants ont péché comme d’habitude par attentisme et par arrogance. Ils ont fait le pari absurde que le mouvement lancé par les enseignants anglophones ne serait pas suivi, et ils ont perdu ce pari. La suite, on le sait, a coûté [et coûte] cher, mais de leur point de vue, ce n’aura été que des dégâts collatéraux. Il me semble profondément immoral de pousser à chaque coup le peuple à bout parce qu’on a sous la main, prêtes, des troupes entraînées pour le mater. Ces situations-là se retournent un jour ou l’autre parce que ces troupes-là, à plus de 80%, sont issues du peuple et en font encore, pour de nombreuses raisons, partie. Bien sûr les manifestations à Bamenda ont été [sont encore] très violentes et l’Etat ne pouvait les laisser aller sur cette pente-là [mais ne devait pas les aggraver]. Cela pose toutefois un problème fondamental : comment apprendre à manifester conformément à la loi dans un pays où l’administration inféodée au pouvoir interdit toute manifestation qui ne soutient pas le système en place ? Voilà une école dont les Camerounais sont exclus et l’on attend d’eux qu’ils mettent convenablement en œuvre ce qu’on y apprend. Ces dernières années, nous avons vu que chacune des sorties des masses camerounaises s’est opérée sur le même schéma. Il faut s’attendre à ce que cela se poursuive, avec le risque d’escalade.

 

Quel est l’état de cette grève et comment va-t-elle évoluer ?

Roger Kaffo Fokou : Cette grève est loin d’être finie, il y a encore du chemin. Elle peut évidemment s’éteindre si ceux qui incarnent l’Etat, par miracle, trouvent la voie d’un dialogue sincère suivi d’actions concrètes et efficaces. Mais ce serait sans doute trop attendre d’eux. Je doute, sur la foi des propos ressortis de la conférence de presse ayant sanctionné les premiers tête-à-tête, sur la foi des déclarations tonitruantes relayées par la presse, que le pouvoir ait pris la vraie mesure du risque. Beaucoup de langue de bois, des menaces à peine voilées, une campagne de manipulation. Cette fausse victoire de la puissance publique n’augure pas forcément de bonnes choses [on en a la preuve aujourd’hui].  Il y a cette douce mais dangereuse illusion que la force de l’Etat a prévalu. Celle-ci cache un test réussi pour les Anglophones qui aura d’autres conséquences, quoi qu’on fasse. Et la surenchère devrait, je ne le souhaite pas, bientôt s’étendre à d’autres régions qui ont observé attentivement la gestion des événements de Bamenda. Comment réagira l’Etat le cas échéant ? Il ne me semble pas prudent, de la part de l’Etat, de vouloir tester la colère de la rue aujourd’hui. A Bamenda, celle-ci n’a pas eu besoin de savoir pourquoi les enseignants étaient en colère pour se joindre à eux et finalement prendre la manifestation à leur propre compte. Encore un schéma qu’il faut avoir à l’esprit parce qu’il pourrait se faire récurrent à l’occasion. Les raisins – ou raisons – de la colère produisent généreusement dans notre pays aujourd’hui et des vendangeurs peuvent se recruter pratiquement dans tous les secteurs et toutes les branches de métiers. Le taux de chômage et de sous-emploi  pourrait fournir des légions entières. L’Etat ferait donc mieux de résoudre ces problèmes posés pour réduire quelques poches et se donner un peu d’air.

 

Parallèlement il y a un mot d’ordre des syndicats francophones… Pourquoi et pourquoi cette fragmentation ?

Roger Kaffo Fokou :  Disons les choses autrement : il y a un mot d’ordre qui a posé les problèmes d’une minorité et parmi ces problèmes, celui de l’éducation anglophone. Il y a à côté un autre mot d’ordre qui pose, sans aucune distinction, les problèmes des enseignants et de l’école camerounaise dans sa globalité. Les enseignants, anglophones comme francophones, souffrent des mêmes problèmes et sur ce sujet, aucun clivage n’est possible. L’école camerounaise souffre d’une grave crise de vision, d’organisation, de gestion, de financement, et cette crise aiguë se manifeste d’une façon particulière dans chacun des deux sous-systèmes. Que les francophones se taisent devant l’irréparable n’invalide pas la démarche des anglophones qui ont choisi de se montrer plus combattifs. Ils ont l’avantage de ne pas s’émietter en Nord, Sud, Est, Ouest et Littoral : ils ne sont que Nord et Sud-Ouest et cela s’est vu pendant ce mouvement, mais ces clivages n’expliquent pas toutes les différences. Les deux mots d’ordre ne pouvaient donc se mélanger sans faire perdre l’un à l’autre ses assises fondamentales : la réclamation du droit dont ils bénéficient, en tant que minorité ethnico-linguistique et en vertu de la Constitution, à être défendus semblait fondamentale pour les Anglophones ; pour les autres syndicats, articuler l’expression des revendications des enseignants du Cameroun dans la défense des intérêts minoritaires relevait de la quadrature du cercle. La séparation des deux mots d’ordre s’imposait d’elle-même. Le volet éducation aurait pu, s’il avait été traité comme convenu dans le cahier des charges de la négociation de 2012 entre le Gouvernement et les syndicats, priver les revendications minoritaires anglophones du carburant dont elles ont eu besoin. Le ministre FAME DONGO n’a jamais organisé le Forum national de l’éducation dont on l’avait chargé. Il y a là une responsabilité éminemment historique, cela ne saurait s’oublier.

 

Pensez-vous que le Gouvernement aura le temps de s’occuper de cette seconde revendication maintenant qu’il est accaparé par celles des Anglophones ?

Roger Kaffo Fokou : Il est toujours accaparé par autre chose que les intérêts bien compris du peuple camerounais. Soyons clairs : à mon avis, il devrait trouver le temps de le faire. Pas que le ciel est sur le point de lui tomber sur la tête, mais le sablier se vide, inexorablement, pour le peuple camerounais. L’Etat saura-t-il se départir de ses mauvaises habitudes ? La tentation de la répression est là et nous l’avons vue à l’œuvre dans le cas de la grève des enseignants anglophones. On peut aussi parier sur la passivité des enseignants camerounais, surtout ceux dits francophones. C’est un pari qui peut se perdre. Et le perdre ouvrirait la voie à un risque d’une nature tout aussi dangereuse que ce qu’on a cru voir dans le soulèvement de Bamenda. Nous ne sommes plus en 1994 mais deux décennies sont passées et les jeunes d’aujourd’hui sont une autre génération que nous connaissons à peine. Eux-mêmes ne se connaissent pas bien et pourraient se découvrir face à l’obstacle. Que verront-ils et que feront-ils quand ils auront vu ? Nul ne peut le prédire. Ils observent le monde autour d’eux et apprennent, souvent très vite. Vont-ils accepter de laisser sacrifier leurs carrières comme l’ont fait leurs parents et leurs aînés ? On peut en douter. On ne leur a pas inculqué les valeurs de patriotisme et ils ont grandi et fait leurs armes dans une société dépourvue de tout sens moral. Mais quand on dispose encore du pouvoir d’Etat, on croit qu’on peut tout. L’histoire enseigne pourtant à se méfier de cette illusion-là, encore une autre. J’espère que l’Etat saura se montrer, pour une fois, équitable, et qu’il prendra à sa juste valeur le problème des enseignants que posent depuis une éternité leurs syndicats.

 

Dans sa livraison du jeudi 24 novembre 2016, Le Messager, dans un article intitulé « Les petites promesses de Philémon YANG », parle des promesses du Premier Ministre. Ce dernier promet en effet aux Camerounais le meilleur en 2017. Entre autres annonces figurent, sur le plan éducatif : construction de 100 nouvelles écoles, 800 salles de classe, 45 blocs latrines, 50 kits scolaires, 5000 kits en micro-sciences, 650000 manuels gratuits de français, d’anglais et de mathématiques… Qu’en pensez-vous ?

Roger Kaffo Fokou : D’emblée, que cette orgie de détails sent fortement le maquignon. Remarquez que ce luxe de détails n’est réservé qu’à l’éducation : pourquoi ? Un cas de conscience ? Tout cet étalage de petits jouets, en quoi cela va-t-il impacter le quotidien de l’enseignant ? 45 blocs latrines, dans un département, je ne dis pas une région, c’est une goutte d’eau dans le désert des infrastructures et équipements actuel. Non, le Premier Ministre devrait laisser ce détail d’épicier aux ministres de l’éducation. Le Cameroun fait partie des pays qui sous-financent notoirement leur système éducatif : les établissements scolaires n’ont plus de budget de fonctionnement à la base : on l’a remplacé par un paquet minimum ridicule, qui est donné sous forme de craies et bics de mauvaises qualités, de fournitures dont la seule utilité est qu’elles débarrassent les magasins de fournisseurs de stocks invendables ; le secondaire en est au même point et certains établissements en zones rurale exigent qu’à 70000 F de contributions aux élèves. Si le Premier Ministre ne perçoit pas de lui-même le ridicule d’une telle énumération de micro-détails, aidons-le à en prendre conscience. Les enseignants ne sont pas les plus faibles en calcul, quoi qu’on en pense. Et notre éducation, celle de notre jeunesse, mérite mieux que quelques bricoles et colifichets. Une éducation de base véritablement gratuite serait une mesure plus salutaire pour l’éducation des jeunes Camerounais que ces petites libéralités qui font penser à une opération de charité destinée à des réfugiés.

LEVEE DU MOT D’ORDRE DE GREVE

nouvelle-image-1 nouvelle-image-2Camarades,
                     Le mot d’ordre de lundi est levé après discussion positive avec le PM. Merci infiniment pour la mobilisation qui a permis ce résultat rapide et positif. C’est le signe que le désespoir n’est jamais une stratégie. Félicitez toutes et tous les camarades qui se sont mobilisés en cette occasion au nom du SNAES et en mon nom nom personnel. Ils ont contribué à donner un début de dignité aux enseignants. Mais le meilleur est encore à venir, et le combat va continuer.
                      Un pour tous, tous pour un!

Le SG